Un site ouvre à l'étranger, une équipe germanophone rejoint le groupe, un client suisse demande le module en trois langues. La formation existe, elle est validée, et il faut la décliner. La question n'est pas seulement « qui traduit ? », mais « dans quoi traduit-on ? ».
Trois méthodes existent. Aucune n'est la meilleure dans tous les cas.
Avant de traduire : ce qu'il y a à traduire
Faites l'inventaire. Un module contient plus de texte qu'il n'y paraît :
- les textes des écrans et les titres ;
- les questions, les réponses et les feedbacks des quiz ;
- les boutons et les messages de l'interface (« Suivant », « Valider », « Vous avez réussi ») ;
- les textes incrustés dans les images et les schémas ;
- la voix off et les sous-titres des vidéos ;
- les textes alternatifs des images ;
- le titre du module dans le manifeste, celui que le LMS affiche.
Les trois premières lignes se traduisent comme du texte. Les textes incrustés dans des images et la voix off demandent de refaire le média. Ce sont eux qui font déraper les budgets : repérez-les avant de vous engager sur un délai.
Méthode 1 : dans l'outil auteur
Vous rouvrez le projet, exportez les textes dans un fichier de traduction, le faites traduire, le réimportez, puis republiez.
Avantages. Tout est traduisible, y compris l'interface et les interactions. La mise en page peut être ajustée langue par langue.
Limites. Il faut le fichier source, la licence et quelqu'un qui maîtrise l'outil. Après l'import, chaque écran doit être repris : un texte allemand est souvent plus long que le texte français et déborde de son cadre.
À choisir quand vous avez la source et que le module contient des interactions complexes.
Méthode 2 : par un tableur
Vous extrayez les textes du package publié dans un tableau, une ligne par texte. Le traducteur remplit la colonne de la langue cible. Les textes traduits sont réinjectés dans le package.
Avantages. Pas besoin du fichier source. Le traducteur travaille dans un outil qu'il connaît, sans toucher au module. Le tableau sert aussi de mémoire : à la prochaine mise à jour, vous savez quelles lignes ont changé.
Limites. Le traducteur ne voit pas le contexte de chaque phrase. Prévoyez une relecture dans le module, pas seulement dans le tableau.
À choisir quand vous travaillez avec un traducteur professionnel ou un relecteur interne, sur un package dont les textes sont accessibles.
Méthode 3 : par une IA, avec relecture
Une IA traduit l'ensemble des textes du module en une passe. Une personne relit et corrige.
Avantages. Le premier jet est immédiat. Sur un catalogue, c'est la seule méthode dont le coût reste raisonnable.
Limites. L'IA ne connaît pas votre vocabulaire métier. Un terme technique peut être traduit par un mot juste dans la langue courante et faux dans votre secteur. Les consignes de sécurité et les termes réglementaires doivent être relus par quelqu'un qui pratique le métier dans la langue cible.
À choisir pour un premier jet, à condition de prévoir la relecture. Les principes de cette relecture sont les mêmes que pour un module généré : voir Module e-learning généré par IA : relire et corriger sans régénérer.
Comparaison
| Critère | Outil auteur | Tableur | IA avec relecture |
|---|---|---|---|
| Fichier source nécessaire | Oui | Non | Non |
| Interface et interactions traduites | Oui | Selon le package | Selon le package |
| Délai du premier jet | Long | Moyen | Court |
| Relecture métier nécessaire | Oui | Oui | Oui, et plus attentive |
| Adapté à un catalogue | Peu | Oui | Oui |
La ligne « relecture métier » est la même partout. Aucune méthode ne dispense de faire relire le module par une personne qui parle la langue et connaît le terrain.
Un module par langue, ou un seul module multilingue ?
Une fois les textes traduits, deux formes de livraison sont possibles.
Un module par langue. Trois langues, trois packages, trois activités dans le LMS. Le suivi est séparé par langue, ce qui simplifie les rapports. C'est aussi plus simple à mettre à jour langue par langue. En contrepartie, il faut inscrire chaque apprenant au bon module.
Un seul module avec un sélecteur de langue. L'apprenant choisit sa langue à l'ouverture. Une seule activité, un seul suivi. C'est pratique dans une organisation où les équipes sont mélangées. En contrepartie, le package est plus lourd, et les données de reprise doivent mémoriser la langue choisie : sur un module long en SCORM 1.2, surveillez la limite décrite dans Progression SCORM perdue.
| Votre situation | Forme conseillée |
|---|---|
| Des sites par pays, des rapports par pays | Un module par langue |
| Des équipes multilingues sur un même site | Un module avec sélecteur |
| Des langues ajoutées au fil du temps | Un module par langue |
Les pièges de la traduction
- La longueur. Un texte traduit peut être nettement plus long que l'original. Vérifiez chaque écran, surtout les boutons et les titres.
- Les variantes régionales. L'allemand de Suisse n'utilise pas le « ß ». Le français de Suisse et de Belgique a ses nombres et son vocabulaire. Précisez la variante au traducteur, ou à l'IA.
- Les références locales. Une référence au droit du travail français n'a pas de sens pour un salarié en Suisse. Traduire ne suffit pas : il faut parfois adapter.
- Les quiz. Une question traduite peut devenir ambiguë, ou voir sa bonne réponse changer si la règle locale diffère.
- La langue déclarée. Le module traduit doit déclarer sa nouvelle langue, sinon les lecteurs d'écran le liront avec la mauvaise voix. Voir Accessibilité d'un module e-learning.
Questions fréquentes
Peut-on traduire un SCORM sans le fichier source ?
Oui, pour les packages dont les textes sont accessibles. Pour Storyline et Captivate, la traduction complète passe par l'outil auteur.
Faut-il retester chaque version linguistique ?
Oui. Chaque langue est un module à part entière : import, statut, score, reprise.
La traduction automatique suffit-elle pour une formation réglementaire ?
Non, pas sans relecture par une personne compétente dans la langue et dans le métier.
Les bases de la norme sont rappelées dans le guide SCORM du responsable formation.
Et Scorm Editor dans tout ça ?
Scorm Editor ne traduit pas : il ne génère ni ne réécrit rien par IA. La traduction se fait ailleurs, avec l'une des trois méthodes ci-dessus. Scorm Editor intervient ensuite, sur le package publié : vous remplacez chaque texte par sa traduction à sa place exacte, vous corrigez les termes métier relevés par le relecteur, vous vérifiez les débordements écran par écran, et vous exportez une version par langue. Chaque remplacement est une version comparable à la précédente, et le reste du module ne bouge pas. Pour Storyline et Captivate, les textes de l'interface restent à traduire dans l'outil auteur. Ouvrir Scorm Editor.